Définition
Les bovins sont affectés par 3 types de gale qui sont responsables d'atteintes cutanées de gravité variable :
-gale sarcoptique,
- gale psoroptique,
- gale chorioptique.
Le cycle de ces agents et les lésions associées se déroule entièrement au niveau du revêtement cutané. En plus de la souffrance marquée chez les animaux atteints perturbant la croissance et la production, ces maladies induisent souvent des pertes économiques par la gène mécanique et les réactions allergiques qu'elles provoquent.
Les lésions sont en relation directe avec des réactions de dermatites allergiques : les acariens au contact de la peau déposent des allergènes. Après diffusion au travers du derme, ces allergènes induisent des réactions d'hypersensibilité ; le prurit (démangeaisons) qui s'ensuit renforce l'inflammation et l'exsudation responsables de la formation de croûtes plus ou moins épaisses. Les complications bactériennes sont fréquentes. Les gales sont très contagieuses. Les contacts directs représentent le principal facteur de risque. L'ensemble des animaux d'un troupeau est souvent affecté. La transmission par l'environnement (litières, locaux ou matériel contaminés) est également possible par les oeufs résistants dans le milieu extérieur. Il est indispensable d'effectuer une désinfection et un vide sanitaire de 3 semaines.
Toutes les catégories d'âge sont réceptives. Néanmoins, les jeunes souffrent en général plus que les adultes. La malnutrition et la surpopulation aggravent la situation, pouvant entraîner des mortalités par des maladies intercurrentes.
La Gale Sarcoptique
L'agent responsable Sarcoptes scabei se nourrit de kératine et de lymphe. Il vit généralement à la surface de la peau mais les femelles s'enfoncent épisodiquement dans l'épiderme où elles y creusent des galeries et déposent 4 à 6 oeufs par jour pendant 1 à 2 mois. Ces oeufs éclosent au bout de 4 à 5 jours, donnant naissance à des larves puis des nymphes qui rejoignent les couches kératinisées de la peau et se transforment en adulte. Le cycle complet nécessite de 10 à 14 jours. La longévité du parasite femelle est de 2 à 3 mois sur l'hôte et une quinzaine de jours dans le milieu extérieur.
La gale sarcoptique débute au niveau de la tête et des faces latérales du cou, voire la mamelle. A ce niveau, l'oedème et l'inflammation entraînent la formation de plis verticaux très caractéristiques (hyperkératose). La maladie se généralise très rapidement. Le prurit est très marqué et entraîne des lésions de grattage souvent surinfectées. L'état général est fortement affecté. On observe une chute d'appétit et un amaigrissement important pouvant entraîner la mort.
La maladie sévit surtout en hiver à l'étable, plus sévèrement chez les mâles et les jeunes.
Le système immunitaire semble jouer un rôle lors d'une réinfestation, la population d'acariens restant très faible. A noter que la gale sarcoptique est transmissible à l'homme.
La Gale Psoroptique
La gale psorotique est la plus fréquente et revêt une importance particulière dans les races à viande. Le parasite vit en contact étroit avec l'épiderme, se nourrissant de lymphe, voire de sang, en piquant le tégument dermique. La femelle pond ses oeufs dans de petites excavations de la peau ou dans les anfractuosités des croûtes. Le cycle, qui passe par 4 stades comme chez les sarcoptes a une durée de 14 à 19 jours. La gale psorotique sévit préférentiellement en hiver sur les jeunes, réapparaissant d'année en année dans les cheptels infectés.
Les premières localisations de la maladie se situent sur l'encolure et la croupe. Les lésions très prurigineuses ont un aspect jaunâtre et sont onctueuses au toucher. Elles s'étendent ensuite sur le dos puis aux flancs et, finalement, à la tête et aux membres.
Les animaux atteints se grattent et se frottent en permanence à tout ce qui est en relief, ce qui entraîne des dépilations, une érosion de la peau et la formation de croûtes jaunâtres purulentes dues à des surinfections. Une inflammation de la peau de la base des poils est observée. L'état général est fortement affecté. Les cas mortels ne sont pas rares sur certains animaux affaiblis consécutivement à des maladies intercurrentes.
Les sources de parasites sont les bovins infectés et, éventuellement les moutons et chevaux galeux. La transmission se fait soit directement, soit indirectement par les locaux et le matériel souillés (sa résistance dans le milieu extérieur peut dépasser 2 mois).
Les causes favorisantes de la maladie sont multiples, en particulier la saison : en effet, cette gale, grave en hiver, régresse spontanément au printemps. Mais les parasites restent souvent présents chez quelques animaux, notamment à la base des cornes. La vie en stabulation intervient sans doute également pour expliquer les différences saisonnières, les bovins à l'attache étant plus fréquemment infectés que ceux maintenus en liberté dans un enclos couvert. Les animaux âgés semblent moins réceptifs et, surtout, moins sensibles à l'infection.
La Gale Chorioptique
La gale chorioptique est en général une atteinte cutanée bénigne et peu contagieuse. Les chorioptes vivent très superficiellement à la surface de la peau et du pelage, prélevant uniquement les débris épidermiques. Extrêmement grégaires, on peut trouver une quantité considérable de parasites sur de petites surfaces de peau. On observe les mêmes stades de développement que précédemment : chaque femelle pond un oeuf par jour. Le cycle s'effectue en 2 à 3 semaines.
Les symptômes sont le plus souvent discrets, localisés à la base de la queue, la face interne des cuisses et la face postérieure du pis. Les lésions éventuelles se caractérisent par un épaississement de la peau, une accumulation d'exsudat donnant naissance à des croûtes sèches, du prurit modéré à l'origine de grattage et de dépilation. L'état général n'est pas affecté.
La même espèce peut affecter aussi bien les bovins que les chevaux et les petits ruminants. La transmission du parasite se fait par contagion directe ou indirecte (sa résistance dans le milieu extérieur pourrait dépasser 2 mois).
La maladie a, elle aussi un caractère hivernal avec une prédilection pour les troupeaux laitiers. L'infestation est d'autant plus importante que la température extérieure est basse, le temps humide et pluvieux. La mise à l'herbe semble jouer un rôle favorable sur la guérison. La rentrée en étable en automne entraîne une rechute. Seuls les bovins de plus de 18 mois sont atteints.
Diagnostic
Le diagnostic clinique repose sur la mise en évidence d'une dermatose contagieuse et souvent prurigineuse. La localisation et l'aspect des lésions peuvent orienter le diagnostic. Néanmoins, l'examen microscopique est souvent requis.
Lutte et traitement
Le traitement contre les gales doit être raisonné en fonction des espèces parasitaires en cause et de l'existence éventuelle d'autres ectoparasites (tiques, poux, etc.). Par ailleurs, en raison de la survie des acariens dans le milieu extérieur, le traitement doit être compléter par des mesures hygiéniques.
Préalablement à l'application d'un traitement, les animaux doivent être préparés par une tonte du dos. L'élimination des acariens de la gale est obtenue soit par des traitements externes (bain, douche - difficilement applicables en élevage - ou ''pour on''), soit par administration d'un endectocide.
Les acaricides utilisables en bain ou douche regroupent plusieurs classes chimiques, dont les organophosphorés, les carbamates, les aminidines et les pyréthrines. Ces derniers existent également sous la forme ''pour-on'' et sont largement utilisés dans le traitement contre les poux. Par ailleurs, ils présentent l'avantage de ne pas entraîner de délais d'attente pour la commercialisation des produits.
Pour des raisons pratiques, l'application en ''pour-on'' est largement privilégiée aujourd'hui. A ce titre, les endectocides (avermectines et milbémycines) ne requièrent qu'un seul traitement mais impose un délai d'attente important pour le lait (sauf l'éprinomectine) et la viande. Ces principes actifs sous ces formes sont indispensables dans le traitement de la gale chorioptique.
Les formes injectables en sous-cutané sont recommandées en cas de gale sarcoptique et psorotique.
Désinfection et vide sanitaire
L'élimination des acariens nécessite une bonne hygiène des bâtiments d'élevage. Les locaux doivent être désinfectés, avant l'entrée des animaux. Une pulvérisation d'émulsions d'organophosphorés ou de crésyl à 1.5% s'effectue sur le sol, les murs, les râteliers, tous les objets en contact avec les animaux. Il faut prévoir 1 litre d'émulsion pour 5 à 10m². A l'issue de cette désinfection, un vide sanitaire de 3 semaines doit être observé.