La clé de voûte du système c’est comprendre et intégrer les mécanismes biologiques des sol («le génie écologique» selon F. Thomas, agri et revue TCS) dans toutes nos pratiques, et surtout les cultiver afin qu’ils travaillent pour nous. On dit bien, dans le domaine animal, que «nourrir une vache c’est nourrir la flore de son rumen». Idem pour le sol. Ainsi, une activité biologique maxi, possible dans un sol organisé, est le moteur du système.
Tout est question d’équilibre.
Les intérêts pour l’agriculteur sont substantiels, et bien supérieurs en terme environnemental. (limitation des pertes de fertilisants et phytos dans l’environnement etc..).
Comment ?
Rien n’est jamais acquis puisqu’on travaille là au c½ur de fragiles équilibres. « Il n’y a pas de techniques idéales, TCS, SD etc.., mais une démarche qui doit y tendre » (F Thomas).
1/ partir sur de bonnes bases : vérifier le profil (fosse), s’informer
2/ maintenir la porosité du profil pour avoir une structure continue verticale (débit de drainage suffisant, filtrage du sol..) en supprimant toute intervention agressive sur le sol.
3/ injecter le maxi de biomasse au sol pour développer l’activité biologique.
4/ s’appuyer sur les rotations des cultures.
En pratique
- Limiter le travail du sol fin qui conduit au colmatage du profil et dérange la vie bio : objectif non labour (TSL), TCS (ou SD = semis direct).
- Utiliser les couverts végétaux. Ils conservent la macroporosité du profil (drainage) par leurs racines et l’activité bio qu’ils génèrent, piègent l’N à l’automne et maintiennent un bon état superficiel en évitant la battance. Ils étouffent les adventices, recyclent les fertilisants voire réinjectent de l’azote gratuite au sol avec les légumineuses.
NB : décompacter si besoin au départ pour installer cette porosité.
Un mélange «biomax» (tournesol, phacélie, vesce…) atteignant 7 à 10 TMS peut piéger et retourner au sol 160 kg N, 25 kg P, 150 kg K (cf Le sillon, F. Thomas).
Ce couvert peut être exploité pour le cheptel (méteils..).
- Limiter les passages et éviter tous tassements de surface par les engins ou outils en adaptant le système fourrager (place du RGI dans l’assolement ?..), les épandages d’effluents.
Tous les TCcistes affirment que leur sol résiste de mieux en mieux aux tassements (« la résilience ») au bout de quelques années.
- Allonger les rotations et diversifier l’assolement pour utiliser les capacités complémentaires des plantes (besoins, allélopathie..), et possibilités de désherbage.
- Adapter la fertilisation N les TSL piègent l’N (au moins durant les premières années) et peuvent réduire les fournitures d’N du sol par minéralisation (réchauffement moins rapide, réorganisation de l’N avec l’humus) : Anticiper les apports et les doses.
De même, une destruction précoce du couvert (février-mars) est primordiale afin qu’il relargue au plus vite et qu’il ne crée pas de « faim azotée » ensuite, surtout s’il est ligneux. Cela permet en outre un réchauffement plus rapide du sol.
- Surveillance des ravageurs et gestion des limaces (id en système conventionnel).
A terme, on parie sur l’installation d’un équilibre écologique qui assure l’apparition des auxiliaires.
Ce sont les 5 à 7 premières années de transition qui sont les plus sensibles, durée toutefois variable selon l’état initial du sol et les pratiques mises en place, mais durée nécessaire pour initier le système et maîtriser le désherbage.
Les pionniers ont su adapter leurs pratiques pour sécuriser leur système. Pratiquer les TCS dans un premier temps semble plus sécurisant. Le SD exige que le sol et l’agriculteur soient prêts.
Cette approche ne s’improvise surtout pas et demande beaucoup de réflexion sur son système, sur ses propres ambitions. Il est indispensable d’aller voir, de discuter, de se documenter pour s’en convaincre. Se lancer dans cette voie sans avoir compris la mécanique reste périlleux.
D’ailleurs, si vous pratiquez ou êtes intéressé, faites vous connaître auprès de votre Conseiller.
Ce n’est sûrement pas un retour en arrière mais au contraire réajuster le tir en se réappropriant les fondamentaux du métier, quoi de plus valorisant.. .
Vous trouverez une mine d’info sur le site www.agriculture-de-conservation.com (contacts, suivis de parcelles..).
Anthony Clénet (Chambre d'Agriculture de Vendée)