Quand avez-vous démarré le pâturage des Cultures intermédiaires ?
« Tout le département de la Vendée se situe en zone vulnérable, avec l’obligation d’une couverture des sols pendant les périodes présentant un risque de lessivage (directive nitrates). Cette couverture peut être assurée par une culture d’hiver, ou par une culture dérobée, notamment à vocation d’absorption l’azote, dite « Culture Intermédiaire Piège à Nitrate ». Au départ, il y a 4 ans, un voisin céréalier avait implanté du RGI sur une surface de 20 ha. Au mois d’octobre, ce RGI était à un stade très avancé, ce voisin est venu me chercher pour faire pâturer cette parcelle avec mes brebis avant l’hiver. Le résultat très concluant au printemps m’a ensuite permis de développer cette pratique. »
Quels types de dérobées pâturez-vous ?
« Je préfère l’avoine noire, une plante non gélive. L’an dernier, j’ai acheté 4 tonnes de semence pour un montant de 720 € soit 16 centimes d’euros/kg. Après la récolte de céréales, un premier coup de cover crop est passé. Puis au mois d’août l’avoine est semée à 50 kg/ha avec un semoir en ligne ou à engrais. Pour finir, un coup de rouleau est passé pour favoriser le contact terre - graine. Certains céréaliers ne veulent pas semer de l’avoine noire mais préfèrent l’avoine strigosa (ou « brésilienne ») ou la phacélie, des plantes gélives mais qui évitent un déchaumage ou un traitement au
glyphosate. Dans ce cas la semence reste à leur charge (dose de semis de l’ordre de 12 kg/ha pour l’avoine strigosa et 1 à 2 kg/ha pour la phacélie). J’évite les parcelles implantées uniquement en phacélie car les brebis la « boudent » un peu : en semis mixte elles consomment d’abord l’avoine puis finissent par la phacélie. »
Avez-vous eu des soucis sanitaires ?
« J’ai eu un souci au printemps 2009, avec 350 brebis mises sur une parcelle de 19 ha de RGI, la dérobée la plus utilisée par mes voisins céréaliers. J’ai perdu 22 brebis en 6 jours, à cause d’une entérotoxémie liée à la forte valeur alimentaire du RGI au printemps, notamment en azote. Depuis ce souci, je pâture principalement de l’avoine noire, ou de l’avoine brésilienne associée avec un peu de phacélie. »
Comment gérez-vous le pâturage ?
« Je dispose de plusieurs parcelles de 19 ha, 11 ha et de plus petites parcelles de 5 à 6 ha. Je commence par clôturer la parcelle entière avec un fil électrique à 30 centimètres de hauteur. Le pâturage des cultures intermédiaires commence en novembre pour finir mi-avril, voire début mai pour les terres les plus humides, avant l’implantation d’un maïs ou d’un tournesol. A l’automne, je constitue un lot de 400 brebis pleines, comprenant des agnelles, et je le vermifuge avec un traitement polyvalent. Les brebis pâturent en général 2 fois chaque parcelle, avec un premier passage en novembre-décembre puis un second en hiver ou au printemps. Je change mes brebis de parcelle tous les 8 à 10 jours selon les saisons. Pour les lots de brebis en fin de gestation, nous faisons un passage le matin puis un autre le soir. La surveillance est quotidienne, et durant l’hiver les brebis disposent toujours d’une botte de foin à volonté. Par sécurité, nous avons toujours une parcelle clôturée d’avance pour changer les brebis. Le coût engendré par le pâturage des dérobées peut être estimé à 720 € de semence et 300 € de gazole. Je fais pâturer en moyenne 100 ha de dérobées par an, soit environ 450 animaux pâturant pendant 6 mois à l’extérieur de mon exploitation. »
Stéphane Migné