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Interview de Dominique Lefebvre, président de la FNCA sur l'élevage bovin : " Nous restons en alerte "

Delphine Bisson Webmaster // 02 51 36 82 04
Le 03/12/2011 à 08:30 I Soyez le 1er à déposer un commentaire

Après une sécheresse printanière très inquiétante pour les éleveurs bovins, l'année 2011 se termine sous de meilleurs auspices. Les pluies de cet été ont permis de résorber une grande partie du déficit hydrique et les prix de vente des animaux finis et des broutards connaissent une hausse sensible depuis quelques mois. Nous avons recueilli l'analyse de Dominique Lefebvre, président de la Fédération Nationale du Crédit Agricole (FNCA), sur le bilan des actions menées par la banque auprès des éleveurs.

- Quelle perception avez- vous de la situation des producteurs de viande bovine ?
Dominique Lefebvre :
N'étant pas moi-même éleveur, je n'aurai pas la prétention de me substituer aux professionnels de la filière pour juger de la situation. Je constate simplement que, malgré les aides apportées dans le cadre du bilan de santé, la tendance sur les dernières années est plutôt à la baisse globale des résultats de la filière. Il est évident que dans un tel contexte, dès qu'un aléa climatique tel que celui que nous avons connu au printemps intervient, l'inquiétude pèse lourdement. Nous avons eu de nombreux échanges sur le sujet au sein du Conseil de l'Agriculture Française *(CAF) depuis le début de l'année, d'abord pour partager nos analyses de la situation, puis prendre un certain nombre de mesures.

Le Crédit agricole utilise des indicateurs pour gérer ses risques et prendre ses décisions de crédit. Que montrent-ils ?
DL :
Bien sûr, le Crédit agricole est, comme toutes les banques de la place, soumis à des règles internationales (dites Bâle 2 et bientôt Bâle 3). Ces règles nous obligent à mettre en place des scores qui sont élaborés à partir d'un agglomérat de données statistiques bancaires et comptables et contrôlés par les autorités bancaires. Tous nos clients doivent être notés au regard de leur situation bancaire et comptable. Chaque Caisse régionale suit l'évolution de ces indicateurs chaque mois et les données sont consolidées au niveau national. Sur le moyen terme nous ne constatons pas de dégradation des risques sur nos encours dans la filière « bovin viande ». Quant à nos réalisations de crédit elles se maintiennent à un niveau élevé.

Comment expliquez-vous cette apparente contradiction entre vos données bancaires et les inquiétudes que nous font remonter les représentants de l'élevage ?
DL :
Il y a plusieurs explications à cela. La première est le sens des responsabilités des producteurs qui, en période difficile, réduisent d'abord leurs prélèvements privés. Il est possible également que les dettes auprès des fournisseurs, sur lesquelles nous n'avons pas de visibilité, soient impactées quand le contexte se tend. Malheureusement les éleveurs subissent plus une crise de revenu que d'endettement excessif. Mais je voudrais attirer l'attention sur le fait que le Crédit agricole ne pilote pas son activité en s'appuyant sur une simple lecture de chiffres qui constituent des moyennes et peuvent cacher des situations particulières difficiles qui ne sont pas toujours perceptibles par nos seuls indicateurs. C'est la raison pour laquelle, dès le début de l'année 2011, nous avons décidé au sein du CAF d'assurer un suivi resserré de la situation des producteurs de viande bovine. Les Caisses régionales ont mis en place un repérage systématique des éleveurs bovin viande rencontrant des difficultés : elles se sont bien sûr appuyées sur les critères bancaires (retards de remboursement supérieurs à 60 jours, ouvertures de crédits en dépassement par exemple) mais également sur la connaissance qu'ont nos conseillers et administrateurs de leurs clients. Dans 84 % des cas, ce sont les Caisses régionales qui ont été à l'origine du repérage. Certains éleveurs nous ont adressé directement des demandes suite aux communications que nous avons faites sur le terrain et les organisations professionnelles ont bien sûr joué leur rôle.

Que pouvez-vous nous dire des résultats de ces repérages des éleveurs en situation tendue ?
DL :
Il ne s'agit pas de faire du repérage pour du repérage bien sûr mais bien de proposer des solutions concrètes adaptées à chaque cas. Entre janvier et fin octobre 2011, les Caisses régionales ont mis en place des mesures auprès de 11 600 éleveurs pour un volume de prêts total de 225 M€. Après analyse de la situation et des besoins de chacun, il a été proposé des rééchelonnements de dettes, des reports d'échéances, des prêts de trésorerie, voire des autorisations de découvert quand il s'agissait de difficultés très ponctuelles. Sont inclus dans ces résultats les 3 600 prêts court terme à taux réduits que nous avons mis en place fin mai au profit des producteurs de viande bovine pour leur permettre de faire face à leurs besoins de paille. Dans le cadre de l'opération de solidarité sécheresse décidée dans le cadre du CAF, nous avions prévu une enveloppe de 700 M€ de prêts sécheresse et c'est finalement à peine 54 M€ qui ont été consommés.

Vous avez plus récemment, dans le cadre des mesures sécheresse, signé une convention avec le ministère de l'Agriculture prévoyant un report des échéances des prêts de reconstitution de fonds de roulement réalisés dans le cadre du plan de soutien à l'agriculture (PSEA) de fin 2009 début 2010 : quel bilan tirez-vous de cette mesure ?
DL :
En effet, cette mesure a été ouverte jusqu'à fin octobre à tous les éleveurs laitiers et viande situés en zones de calamités. Il leur a été proposé d'alléger leurs charges de remboursement de l'année en faisant des reports d'échéances de leurs prêts PSEA. Force est de constater que la mesure a rencontré un faible succès. Malgré l'attractivité des taux et une prise en charge du coût de la mesure par le Crédit agricole et l'Etat, 1 400 éleveurs seulement ont déposé une demande et rares sont ceux qui ont demandé un report d'échéances en fin de tableau d'amortissement. Cela confirme bien que les éleveurs ont un usage très responsable du crédit et ne recourent à des mesures de report que lorsque leur situation l'impose.

Qu'envisagez-vous pour la suite ?
DL :
L'ensemble des mesures que nous avons prises depuis le début de l'année a permis de contenir les difficultés de trésorerie et préserver les équilibres financiers. Nous ne considérons pas pour autant que notre travail est terminé et nous allons maintenir nos indicateurs d'alerte en veille. Les Caisses régionales et les Caisses locales restent disponibles pour dialoguer avec la profession et répondre aux besoins de chacun des éleveurs et, de façon plus générale, aux besoins de chacun des exploitants agricoles. Le Crédit agricole entend bien jouer pleinement son rôle au sein des organisations professionnelles et continuer d'accompagner les producteurs tant dans les moments difficiles que dans les phases d'investissement. Nous espérons que l'amélioration de la situation économique des éleveurs va se poursuivre dans un contexte où de réelles perspectives de développement se profilent compte tenu de la croissance de la demande mondiale.

* Le CAF au niveau national est composé du syndicalisme FNSEA / JA, du Crédit Agricole, de Groupama, de la MSA et de Coop de France; les Chambres d'Agriculture y sont associées.

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